M'as-tu vu en niqab?
Le dernier numéro de la revue XXI –dont il n’est plus nécessaire de vanter les mérites- publie un récit graphique d’une
trentaine de pages sur les ‘Femmes du Yémen’. Une plongée instructive et feutrée au cœur d’un gynécée contemporain.
Femmes chauves-souris
Lorsque la photographe Agnès Montanari* arrive dans la capitale du Yémen, elle est envoutée par « la beauté immobile » d’une ville au charme suranné, semblant tout droit sortie d’un autre âge. Une « Venise d’argile », où des silhouettes sombres se meuvent aux côtés d’hommes portant encore les agréments du costume traditionnel. Mais que cache ce niqab, derrière lequel toutes les femmes semblent identiques et désincarnées ? Agnès Montanari décide de suivre une de ces ombres flottantes et de lever le voile sur ces femmes déroutantes.
Lever de rideau
Car derrière les représentations hâtives d’un Occident toujours prompt à juger à l’aune de références qui lui sont propres, on découvre
la complexité qui se dissimule derrière cette uniformité d’apparence. Aussi, si l’habit ne fait pas le moine, le niqab ne saurait réduire la femme yéménite à un fantôme
assujetti.
Ainsi nous suivons Aïcha, cette étudiante qui hésite à épouser un
homme dont elle craint qu’il ne la contraigne à abandonner toute velléité professionnelle. Elle refuse ainsi de jouer un rôle qui semblait être écrit à l’avance. Hamedda, elle, fait la une
du Yemen Times. Cette reine de Saba contemporaine, est une femme d’affaires culottée, qui a su s’imposer dans un monde masculin en se moquant du qu’en dira-t-on. Chacune essaie, à sa manière, d’affirmer son individualité en rompant avec les traditions.
La menace fantôme
Justement, les traditions, parlons en car elles ont la peau dure au Yémen. Si le niqab est indéniablement lié au religieux il
permet également de passer « inaperçue ».

Dans une phallocratie où les hommes se sentent de plus en plus dépossédés par les femmes éclairées, le « porter permet de détourner l’attention». Se dérober aux yeux du monde permettrait à ces femmes de mener discrètement leur révolution silencieuse. Car les études, l’exercice d’une activité professionnelle, demeurent des symboles de virilité au même titre que le djambia, le couteau à pointe courbe, que les yéménites portent à la ceinture.
Le problème est peut-être là d’ailleurs, dans cette persistance d’un patriarcat monolithique en totale inadéquation avec le monde
contemporain. Car le Yémen n’est pas épargné par une mondialisation qui bouscule les dynamiques économiques et sociales. A travers ce récit, on comprend qu’un changement de taille est en
train de s’opérer en Arabie Heureuse, les femmes en sont les porte-drapeaux subtils et silencieux. Et les hommes dans tout ça ? Ils « devront s’habituer » car « de toute façon,
ils n’ont pas le choix… »
Agathe Morier
ELI- Yemen Blues-
* Agnès Montanari est juriste de formation. Depuis une dizaine d'années elle sillonne le monde et l'imprime sur pellicule. Après ces 3 mois passés au Yémen elle demande à l'illustrateur Ugo Bertotti de traduire son expérience en images.

Les deux 'L' de mollahs, représentés par des minarets onduleux, sont comme la métaphore d'une théocratie sournoise. Puis il y a ce visage peu engageant d'un vieux type au regard torve
qui semble nous signifier que si nous décidons d'entrer 'au pays des Mollahs', on a tout intérêt à se tenir à carreau. Alors forcément on hésite un peu, effrayé à l'idée de devenir le spectateur
passif d'un pays insensé , muselé par la religion.
Cet OVNI littéraire est le fruit d'une performance menée à Beyrouth en avril 2009. L'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice libanaise Zeina Abirached furent
mis au défit de réaliser en direct et en public un roman-feuilleton de vingt-quatre épisodes. Ces trois jours de labeur devaient sonner le coup d'envoi du projet franco-libanais de réhabilitation
de la Maison jaune, symbole architectural et historique de la ville de Beyrouth.
