Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 21:06

 

 

M'as-tu vu en niqab?

 

 

Femmes du YémenLe dernier numéro de la revue XXI –dont il n’est plus nécessaire de vanter les mérites- publie un  récit graphique d’une trentaine de pages sur les ‘Femmes du Yémen’. Une plongée instructive et feutrée au cœur d’un gynécée contemporain.


Femmes chauves-souris

 

Lorsque la photographe Agnès Montanari* arrive dans la capitale du Yémen, elle est envoutée par  « la beauté immobile » d’une ville au charme suranné, semblant tout droit sortie d’un autre âge.  Une « Venise d’argile »,  où des silhouettes sombres se meuvent aux côtés d’hommes portant encore les agréments du costume traditionnel.  Mais que cache ce niqab, derrière lequel toutes les femmes semblent identiques et désincarnées ?  Agnès Montanari  décide de suivre une de ces ombres flottantes et de lever le voile sur ces femmes déroutantes.


Lever de rideau


Car derrière les représentations hâtives d’un Occident toujours prompt à juger à l’aune de références qui lui sont propres, on découvre la complexité qui se dissimule derrière cette uniformité d’apparence.  Aussi, si l’habit ne fait pas le moine, le niqab ne saurait réduire la femme yéménite à un  fantôme  assujetti. 
 Ainsi nous suivons Aïcha, cette étudiante qui hésite à épouser un homme dont elle craint qu’il ne la contraigne à abandonner toute velléité professionnelle. Elle refuse ainsi de jouer un rôle qui semblait être écrit à l’avance.  Hamedda, elle, fait la une du Yemen Times. Cette reine de Saba contemporaine, est une femme d’affaires culottée, qui a su s’imposer dans un monde masculin en se moquant du qu’en dira-t-on.  Chacune essaie, à sa manière, d’affirmer son individualité en rompant avec les traditions.


La menace fantôme


Justement, les traditions, parlons en car elles ont la peau dure au Yémen.  Si le niqab est indéniablement lié au religieux il permet également de passer « inaperçue ».


Niqab ok

Dans une phallocratie où les hommes se sentent de plus en plus dépossédés par les femmes éclairées, le « porter permet de détourner l’attention». Se dérober aux yeux du monde permettrait à ces femmes de mener discrètement leur révolution silencieuse. Car les études, l’exercice d’une activité professionnelle, demeurent des symboles de virilité au même titre que le djambia, le couteau à pointe courbe, que les yéménites portent à la ceinture.


Le problème est peut-être là d’ailleurs, dans cette persistance d’un patriarcat monolithique  en totale inadéquation avec le monde contemporain. Car le Yémen n’est pas épargné par une mondialisation qui bouscule les dynamiques économiques et sociales.  A travers ce récit, on comprend qu’un changement de taille est en train de s’opérer en Arabie Heureuse,  les femmes en sont les porte-drapeaux subtils et silencieux. Et les hommes dans tout ça ? Ils « devront s’habituer » car « de toute façon, ils n’ont pas le choix… »

 

End.jpg

Agathe Morier

 

  ELI- Yemen Blues-


 

* Agnès Montanari est juriste de formation. Depuis une dizaine d'années elle sillonne le monde et l'imprime sur pellicule. Après ces 3 mois passés au Yémen elle demande à l'illustrateur Ugo Bertotti de traduire son expérience en images.

 

 

 


Par Tohu-bohu au Moyen Orient
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 20:00

 

C'est comment la théocratie ?

 

 

mOLLAHS.png Les deux 'L' de mollahs, représentés par des minarets onduleux, sont comme la métaphore d'une théocratie sournoise. Puis il y a ce visage peu engageant d'un vieux type au regard torve qui semble nous signifier que si nous décidons d'entrer 'au pays des Mollahs', on a tout intérêt à se tenir à carreau. Alors forcément on hésite un peu, effrayé à l'idée de devenir le spectateur passif d'un pays insensé , muselé par la religion.

 

Démocrate contre illuminé ?

 

Le livre commence par un incident naval dans le Golfe persique. Des navettes iraniennes pénètrent dans les eaux internationales et vont, par provocation, narguer un porte-avion américain.

Un jeu qui va rapidement tourner au vinaigre car tout le monde va y casser sa pipe. Voilà ce qu'il en coûte de vouloir « saluer les amerloques » . Seul Hadji, chef de la milice islamique bassidji (1) va lamentablement s'échouer sur une île dont l'unique habitant est un journaliste aux idées libérales. C'est dans ce huis-clos de cohabitation contrainte que les deux protagonistes vont commencer à échanger.

Cette rencontre fortuite paraît d'abord un peu caricaturale. On appréhende des dialogues trop tranchés où un pédagogue suintant d'humanisme parviendrait à rallier à sa cause un illuminé un peu fruste. Mais rapidement la narration s'affine, les personnages se font plus complexes et le manichéisme tant redouté s'estompe.

 

Un Iran méconnu

 

A travers les conversations des deux personnages H.R Vassaf*se fait le porte-drapeau d'un Iran méconnu. Les arcanes de la politique y sont disséqués et les violentes absurdités qui en découlent sont abordées sans complaisance. Il nous donne à voir une réalité crue, servit par un graphisme franc, un noir et blanc implacable jouant sur les ombres. Le clair-obscur permet d'accentuer et de dissimuler à l'envi, au gré des situations.

Ce roman graphique, à mi-chemin entre ouvrage didactique et feuilleton romanesque est riche en informations. Les profanes auront peut-être du mal à s'y retrouver, rétifs à l'idée de plonger leur nez dans une politique tortueuse. Qu'ils se rassurent, les six dernières pages de l'ouvrage, intitulées « Lisez ce qui n'est pas un conte mais appartient bien à l'histoire réelle des iraniens » se proposent d'expliquer, en deux temps trois mouvements, quelques pans de l'histoire iranienne. Et puis pour ceux qui ne sont toujours pas convaincus et bien, que voulez vous que je vous dise ? Prenez le Lewis Caroll, vous ne risquerez rien au pays des merveilles...

 

 

Agathe Morier

 

EKHTELAF -Hichkaf-

 

 

  *Hamid-Reza Vassaf est né à Téhéran en 1970. Graphiste renommé en Iran il a publié de nombreux articles et livres illustrés. Exilé en France depuis 2006, il repart de zéro en préparant un doctorat d'Histoire de l'art à Lyon.

 

(1)Force paramilitaire iranienne fondée par l'ayatollah Khomeini en 1979.

 

 

Par tohu-bohu-en-orient
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 13:55

 

Le roman-feuilleton de la Maison jaune

 

 

La curieuse progéniture littéraire de Jacques Jouet et Zeina Abirached est née d'une performance réalisée à Beyrouth en 2009. Un huis-clos déroutant qui a pour cadre la Maison jaune.

 

 

9782916589664[1]Cet OVNI littéraire est le fruit d'une performance menée à Beyrouth en avril 2009. L'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice libanaise Zeina Abirached furent mis au défit de réaliser en direct et en public un roman-feuilleton de vingt-quatre épisodes. Ces trois jours de labeur devaient sonner le coup d'envoi du projet franco-libanais de réhabilitation de la Maison jaune, symbole architectural et historique de la ville de Beyrouth.

 

 

La singulière rencontre de deux univers

 

La truculente Agatha de Win'theuil, présidente de la patrie imaginaire du Monde-Mondes, change de patronyme pour l'occasion et enfile celui d'Agatha de Beyrouth. Ainsi nommée, l'héroïne de Jacques Jouet* rencontrera les personnages du '38 rue Youssef Semaani' de Zeina Abirached**. A savoir Chucri et ses ''moustaches en aubergine''et cette vieille branche d'Ernest Challita.

Agatha de Beyrouth a une lubie, pénétrer dans la Maison jaune. Cet immeuble qui exhibe impunément des béances grosses comme le poing, suscite en elle une émotion qui la bouleverse autant que si on lui brandissait sous le nez un ''moignon de gueule cassée''.

Commence alors une histoire dans laquelle la Maison jaune devient le réceptacle de ses souvenirs les plus enfouis.

 

Une expérimentation littéraire déroutante

 

On est d'abord séduit par la fantaisie de ce petit livre au format à l'italienne.

Jacques Jouet, membre éminent de l'OuLipo se joue comme il se doit des structures langagières. On se délecte des trouvailles stylistiques et de la cocasserie tragicomique des situations. Mais l'expérimentation littéraire, quand elle devient systématique, épuise. A trop en faire, Jacques Jouet prend le risque d'agacer les lecteurs avec un texte, certes amusant, mais un peu trop baroque.

Quant à Abirached, elle adopte ici une technique de dessin beaucoup plus minimaliste que dans ses précédents albums. La contrainte de la performance, devoir griffonner tout de go des esquisses répondant au texte de Jacques Jouet, donnent malheureusement un sentiment d'inachevé.

 

La Maison jaune: fragment d'une Histoire?

 

Cet ouvrage a tout de même le mérite d'attiser la curiosité du lecteur à propos d'une Maison Jaune qui ''aurait beaucoup de choses à raconter à ceux, qui l'écouteraient.'' Car ce que suggère le texte à mots couverts c'est la préservation de la mémoire. L'immeuble Barakat fait d'ailleurs l'objet d'un projet ambitieux, à savoir sa réhabilitation en musée de l'Histoire de la capitale libanaise. Une initiative qui permettrait ainsi à Beyrouth de disposer d'un lieu d'échange et de réflexion autour de la mémoire et de la conservation du patrimoine.

A moins que vous eussiez préféré ''que semblable au gazon d'Attila, rien ne repousse plus dans la Maison jaune?'' Non, bien sûr que non...

 

Agathe Morier

 

Ouvroir de Musique Potentielle:

MICRO MEGA ANNEX 6 -Sylvain Chauveau- (OuMuPo 2 album)

 

 

 

* Jacques Jouet est un poète, essayiste et romancier né en France en 1947. Son roman-feuilleton 'La République de Mek-Ouyes' a été publié chez P.O.L. Il est également membre de l'OUvroir de LIttérature Potentielle depuis 1983. Il participe régulièrement à l'émission radiophonique Des papous dans la tête sur France Culture.

 

** Zeina Abirached est née à Beyrouth en 1981. Après avoir intégré l'Ecole nationale des arts décoratifs de Paris elle se lance dans la bande dessinée. Elle est l'auteure de 'Beyrouth-Carthasis', '38, rue Youssef Semaani' et 'Mourir,partir,revenir-Le Jeu des hirondelles'.

 

Article publié dans 'l'agenda culturel' le 03/11/2011

 

Par tohu-bohu-en-orient
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Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 21:25

Israël pour les nuls?

glidden Quand on tombe sur la bd de Sarah Glidden on est indéniablement chatouillé par le désir de l’ouvrir. On prend le titre au pied de la lettre, on pense presque avoir affaire à un manuel illustré permettant (enfin!) de comprendre sans se fatiguer les arcanes politiques, identitaires et conflictuelles d’un pays qui suscite les émotions les plus vives.

Par le biais d’un programme mondial (le Taglit) destiné à faire découvrir Israël aux jeunes juifs de la diaspora, notre jeune américaine décide d‘entreprendre le voyage afin de connaître « une bonne fois pour toute la vérité que cache ce sacré bazar ».

Convaincue de participer à un voyage organisé aux velléités propagandistes, Sarah Glidden* est prête à en découdre. Sa perception de la judéité rejoint celle de Mélanie Klaye qui « voit Israël comme une sorte d’oncle déglingué…quelqu’un sur qui nous n’avons aucune emprise mais dont nous nous sentons un peu responsables. Le rejeter publiquement reviendrait à admettre la honte qu’il cause à la famille. »

En arrivant sur place, Sarah ne cesse de se heurter à la complexité d’une situation qui n’a rien de manichéenne. Carrefour antédiluvien des trois religions monothéistes où les imaginaires frayent avec une réalité douloureuse, l’auteure doit soudain composer avec des émotions contradictoires.
 
Et puis être pro-palestinienne ou pro-israëlienne perd de sa substance logique car cela supposerait de s’aliéner une partie des esprits. Qui a tort? Qui a raison? Tout le monde? Personne? Sarah a un point de vue constitué de multiples points de vue « mais ne sait pas encore vraiment en quoi il consiste et ne le saura peut-être jamais »

Nous non plus d'ailleurs....On se demande benoîtement s'il n'est pas possible d'être simplement pro-paix et anti barbarie....


Agathe Morier

 

THE JEW IN JERUSALEM -Yom-

 



* Sarah Glidden est née à Boston en 1980. ‘Comprendre Israël en 60 jours (ou moins)‘est son premier roman graphique.


 

Par tohu-bohu-en-orient
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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 18:54

Un pot-pourri schizophrène et fantaisiste

 

 

j'ai tuéDepuis septembre 2010, date de sortie de son essai-témoignage-tambouille, Joumana Haddad est partout.  Il est tout à fait étonnant que les journalistes européens, dans un consensus bien pensant de révolte en carton pâte, encense un livre truffé de clichés et d’arguments creux.


Joumana Haddad* déploie tout au long de son texte une guirlande de stéréotypes dont elle prétend, en introduction, vouloir tordre le cou. Cent trente pages d’une argumentation schizophrène.

Le livre commence par ces lignes :

 

"Cher occidental,[..]

 

Je m'efforcerai de détruire vos illusions, de vous désenchanter, de vous priver d'une part essentielle de vos chimères et de vos opinions prêtes à porter. Comment? Tout simplement en vous disant ceci:

Bien que je sois une soi-disant "femme arabe", moi et beaucoup de mes semblables portons des vêtements de notre choix, allons où bon nous semble et disons ce qui nous plaît.

Bien que je sois une soi-disant "femme arabe, moi et beaucoup de mes semblables ne sommes pas voilées,effacées, illettrées, opprimées, et certainement pas soumises.

Bien que je sois une soi-disant "femme arabe", nul homme ne m'interdit, ni à moi, ni à beaucoup de mes semblables, de conduire une voiture, une moto, un semi-remorque..."

 

 Seulement quatre pages plus loin nous pouvons y trouver ceci :


« Etre arabe aujourd’hui signifie faire face à une série illimitée d’impasses. Impasse du totalitarisme, de la corruption politique, du favoritisme, du chômage, de la pauvreté, de la discrimination entre classes, du sexisme, de l’analphabétisme, des régimes dictatoriaux, de l’extrémisme religieux, de la misogynie, de la polygamie et de l’homophobie… »

 

Un texte qui au-delà de sa vacuité, est parasité par un égocentrisme dégoulinant pas loin de provoquer la nausée.

L’auteure n’a peur de rien, et surtout pas du ridicule. Elle use d'arguments totalement fantaisistes qui valent leur pesant de cacahuètes. Notamment lorsqu'elle s'attaque à la sémantique dans la poésié arabe.

                                    

En effet, J. Haddad se dit « furieuse de la pernicieuse et injuste castration imposée à la langue arabe » .  « Dès lors pourquoi courir le risque de dire ‘sein’ quand on peut évoquer la famille illimitée des collines et des monts. » La richesse des allégories et des métaphores ne serait donc que  le reflet d’une pudibonderie hypocrite ? Sauf que l’une des caractéristiques de la poésie, loin de tout prosaïsme, réside aussi dans sa force suggestive.

Trois lignes plus loin, en une maladroite pirouette, J Haddad, qui n’est pas à un paradoxe près, réduit elle-même son argumentation à néant « Ne vous méprenez pas sur mes sarcasmes : j’adore les images. Elles font bien sûr partie du jeu poétique. »


Elle déplore également un pays « où –son- fils de dix ans éprouve plus de curiosité envers Akon, et 50 Cent qu’envers Chopin, Picasso ou Victor Hugo, car ces derniers lui sont présentés de la façon la plus terne possible. » Cet état de fait est fort dommageable mais n’est pas propre au Liban, c’est globalement  l’apanage de nos sociétés contemporaines  victimes de ce qu’Hannah Arendt appelait déjà en son temps « l’usure de la tradition » dans son ouvrage ‘La crise de la culture’.


Le  livre de la journaliste, pouêt poète libanaise grossit donc les rangs de tous les scribouillards qui, frustrés d’être dépourvus de talent littéraire, cherchent la reconnaissance par le scandale sous couvert d’une réflexion intellectuelle.


L’auteure, à défaut d’être parvenue à assassiner Schéhérazade, s’assassine elle-même par ces mots « je dois dire que mes traits ‘placides’ continuent d’en tromper plus d’un, aujourd’hui encore, quant à ma véritable nature et à celles de mes pensées, les conduisant à élaborer des jugements fondés sur les apparences, et à tomber ainsi dans le ‘piège’, mon piège. Et cette escroquerie involontaire ne me dérange pas. »

 

Avec ce livre J Haddad nous gratifie d'un numéro de cirque désespérément drôle!

 

Agathe Morier

 

CLAQUETTES -François de Roubaix- 

 

 

 

*Joumana Haddad est née à Beyrouth en 1970. Elle dirige les pages culturelles du quotidien An-Nahar, ainsi que le magazine JASAD. Elle est également traductrice et poétesse.

 

 

Par tohu-bohu-en-orient
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